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René Guénon : de la Tradition perdue à l'islam soufi

Et si le malheur de l’homme moderne venait de sa croyance naïve en l’omnipotence de la raison et de son corollaire : la négation de toute autorité supérieure à l’individu ? C’est là une des thèses majeures du grand penseur musulman René Guénon, alias ‘Abd al-Wâhid Yahyâ.

Mercredi, Juillet 6, 2016 - 01:41

Qualifié par certains de philosophe métaphysicien, par d’autres de mystique, l’homme est une haute figure intellectuelle qui échappe à toute classification. Lui-même refusait de se voir attribuer «une étiquette occidentale quelconque, car il n'en est aucune qui [lui] convienne». René Guénon naît à Blois, en France, le 15 novembre 1886 au sein d’une famille bourgeoise catholique. Élève brillant, il fait des études de mathématiques et de philosophie, et se familiarise très tôt avec les doctrines hindoues, le taoïsme, et le soufisme.

Une critique radicale du monde moderne

À l’âge de 35 ans, il publie son Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues et, en 1927, La crise du monde moderne, critique radicale du monde actuel. L’ouvrage constituera la base de tout un programme de revivification de la Tradition. Ce mot, comme les expressions quasi-synonymes esprit traditionnel et métaphysique pure, désigne la connaissance des principes immuables et universels. Cette connaissance est la seule véritable, la seule au sens réel. On y accède par le biais de l’intuition, et selon un mode vertical, qui part des principes les plus élevés pour tenter de saisir, ici-bas, leurs manifestations les plus diverses.

Chevalerie du Saint Graal et islam soufi, deux formes d'une même Tradition

Car au-delà de la multiplicité de ses formes extérieures − le christianisme en Occident jusqu’au Moyen âge ou, aujourd’hui encore, l’islam soufi en terre d’Islam −, derrière le voile des apparences, la vérité profonde que recèle la Tradition est unique et dépasse ce qui relève strictement de l’humain. Constituée par un ensemble de sciences, de rites et de pratiques initiatiques, cette Tradition vise de manière ultime à établir un lien entre l’homme et son Créateur. Seule la connaissance de Dieu, en effet, permet à l’individu de se réaliser en tant qu’être humain, de développer ses potentialités intellectuelles et spirituelles. Les dépositaires de cette Tradition ne peuvent être dès lors qu’une élite intellectuelle capable de s’affranchir des données historiques et intellectuelles propres à chaque époque pour saisir l’immuable, l’universel et le vrai. René Guénon a compté au nombre de ces dépositaires : plus qu’un passeur, il a été en Occident un «revivificateur», l’interprète d’une Tradition oubliée. Pour lui, c’est à la fin du XIVe siècle que s’est produite cette rupture qui, pour des siècles, marquera l’Occident. C’est à cette époque en effet que fut rejetée l’inspiration spirituelle, après un âge d’or où elle se développa à travers le christianisme, véhiculée par de multiples sociétés ésotériques et initiatiques (Ordre du Temple, Chevalerie du Saint Graal, Fidèles d’Amour, etc.).

Modernité sans Dieu et dérives matérialistes

Deux siècles avant la Renaissance, le monde moderne naît donc de l’exclusion de la Tradition des domaines de l’organisation politique, religieuse et sociale. C’est donc un même mouvement qui voit l’Occident entrer dans la modernité et la sève de sa spiritualité se tarir. L’hégémonie du pouvoir temporel entraîne le déclin progressif du christianisme − l’esprit traditionnel disparaît donc y compris au sein de la sphère religieuse −, ainsi que l’émergence des doctrines individualistes et matérialistes. Dans nombre de ses écrits Guénon souligne combien l’oubli progressif de ses origines conduit l’homme à sombrer dans le relativisme, et, partant, dans l’anarchie intellectuelle et sociale. Trouvant désormais sa propre fin en lui-même, l’homme devient l’horizon et le but de toutes les sciences et savoirs…

Une vie vouée à l'étude et au recueillement

C’est dans l’islam soufi que René Guénon aura trouvé sa voie. Il était heureux qu’il existât encore au XXe siècle une Tradition encore vivace. En 1930, il se rend au Caire, où, jusqu’à sa mort en 1951, il mènera sous le nom de Sheikh ’Abd al-Wâhid Yahyâ al-Mâlikî ash-Shâdhilî une vie d’une extrême simplicité consacrée à l’étude et au recueillement. Il laisse derrière lui une œuvre dense et profonde composée de 26 ouvrages et de quelques 350 articles.

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