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La Turquie doit faire de la sécurité nationale une priorité

Plus que jamais, la double menace terroriste crée une crise existentielle pour le pays. Il est temps de faire de la sécurité nationale, et non plus de calculs politiques à court terme, une priorité.

Jeudi, Juin 30, 2016 - 17:15
attentat istanbul
attentat istanbul

La Turquie a été frappée une nouvelle fois par une attaque terroriste de grande ampleur. Depuis les élections législatives de juin 2015, la Turquie est le théâtre d'une dramatique succession d'attentats plus meurtriers les uns que les autres. Les attentats se succèdent à un rythme effréné. Le PKK, le groupe TAK (les Faucons de la liberté du Kurdistan), le YDG-H (le mouvement de la jeunesse patriote et révolutionnaire) de la mouvance kurde, le DHKP-C (le parti-front révolutionnaire de libération du peuple) du mouvement gauchiste et Daesh de la galaxie djihadiste se sont mis à attaquer successivement la Turquie. Le bilan est grave. Les chiffres donnent le vertige. En un an, 22 attentats, 318 morts. Ajoutons à cela les conséquences tragiques de la guerre contre l'organisation terroriste du PKK. 550 policiers et militaires tués, 300 000 personnes jetées sur les routes de l'exode. La Turquie traverse sans doute la plus grande crise sécuritaire de son histoire. Une guerre simultanée contre Daesh et le PKK lancée en juin 2015, a ouvert la voie à la «libanisation» de la Turquie. Entourée par des conflits dans sa région, la Turquie s'est plongée dans une spirale de violence qui semble interminable. Les attentats font partie de la vie quotidienne. Mais la Turquie a l'heure actuelle n'est ni suffisamment «État» ni assez «nation». Divisés, polarisés, les Turcs sont malheureusement de plus en plus indifférents à ces violences. La violence se banalise et, par ricochet, la valeur de la vie humaine se relativise. Aujourd'hui, les convictions politiques, les conflits ethniques ou les appartenances religieuses ou sectaires sont si déterminantes qu'elles empêchent une émotion commune d'émerger face à la violence et au terrorisme. Au lieu de rassembler, chaque attentat exacerbe des clivages déjà profonds au sein de ces sociétés sous tension. Aujourd'hui, les Turcs ont le sentiment de se retrouver plongés au Moyen-Orient. Alors que l’État turc semble paralysé face à une telle menace sécuritaire. Les voix dissidentes pointent le doigt sur plusieurs erreurs stratégiques du gouvernement de l'AKP : la politisation des services secrets turcs (MIT), l'incompétence des forces de police qui a subi un vaste démantèlement depuis deux ans, le délitement de l'appareil judiciaire et finalement l’ambiguïté de la politique étrangère du gouvernement turc en Syrie. Avant tout, l'heure doit être néanmoins à une prise de conscience de la gravité de la menace terroriste à la fois pour le gouvernement et l'opposition. Plus que jamais, la double menace terroriste crée une crise existentielle pour le pays. Il est temps de faire de la sécurité nationale, et non plus de calculs politiques à court terme, une priorité.

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