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Ciblés par Valls, des signataires de #Noussommesunis lui répondent

Un appel lancé par l'association Nous sommes unis et signé par Jean-Louis Bianco a été épinglé par le Premier ministre Manuel Valls au cours du dîner des amis du Crif. La réponse des intéressés ne s'est pas fait attendre.

Mardi, Janvier 19, 2016 - 16:26
valls crif

Le Premier ministre Manuel Valls a pris à partie le président de l'Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco.

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En deux jours, le Premier ministre de la République française a réussi le tour de force de se mettre à dos deux présidents : le premier s'appelle Ali Bongo, président du Gabon. Le second est français et s'appelle Jean-Louis Bianco, à la tête de l'Observatoire de la laïcité.

Au cours d'un dîner avec les amis du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), Manuel Valls a eu ces propos plutôt pimentés à l'adresse de son camarade socialiste, accusé d'avoir signé l'appel de Nous sommes unis qui réaffirmait le devoir de faire preuve d'unité nationale au lendemain de la vague d'attentats en France.

Ou plus exactement lui a-t-il reproché de l'avoir signé aux côtés d'organisations qu'il considère «comme participant d'un climat (nauséabond)», sans préciser de quelles organisations il parlait, mais que beaucoup jugent comme une allusion implicite au Collectif contre l'islamophobie en France, peu apprécié du Premier ministre qui ne reconnaît pas le terme d'islamophobie, ou à des personnes comme le conférencier musulman Nabil Ennasri.

Salve de critiques contre Valls

Mais le pavé dans la mare était lancé. Les réactions n'ont pas tardé à se manifester. D'abord celle de Jean-Louis Bianco, qui avait été nommé à la tête de l'Observatoire de la laïcité par le président Hollande.

Jean-Louis Bianco (à droite) est le président de l'Observatoire de la laïcité.

Adepte d'une laïcité douce, Bianco avait dressé précédemment un état des lieux des pratiques laïques en France mettant en avant le fait qu'il existait un fossé entre les représentations généralement alarmistes des Français sur ce sujet et la réalité du terrain.

Ces préconisations avait soulevé la colère de la "gauche Badinter" pour reprendre l'expression de l'hebdomadaire Marianne, cette gauche qui professe une laïcité de combat contre le voile et l'expression publique des pratiques religieuses. Icône de cette conception de la laïcité en France, Elisabeth Badinter a été justement nommée par Valls en référence à une sortie médiatique où la philosophe déclarait qu'il ne fallait pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe.

«Un collaborateur d'un observatoire de la République ne peut pas s'en prendre à une philosophe comme Elisabeth Badinter - pas parce qu'elle est philosophe ni parce qu'elle s'appelle Elisabeth Badinter, mais à partir de ses propos: c'est une défense intransigeante, que je partage d'ailleurs, de la laïcité dans bien des domaines. Et ça, ça doit être rappelé à chacun. L'observatoire est indépendant, mais là il y a des lignes qui ont été dépassées et je le rappellerai à chacun», a mis en avant Valls.

Philosophe, Elisabeth Badinter est l'une des partisane d'une laïcité inflexible et hostile à l'expression publique du fait religieux.

Bianco : «Un minimum de respect aurait justifié qu'il m'appelle avant»

La réponse de Jean-Louis Bianco a été ferme, évoquant le fait que le chef du gouvernement méconnaissait «la réalité des institutions indépendantes dans la République», que l'Observatoire n'était «pas placé sous sa responsabilité», contrairement à ses affirmations.

«Sur le plan humain, un minimum de respect aurait justifié qu'il m'appelle avant», a également regretté Bianco qui a rappelé que les propos de Valls sur la pétition incriminaient l'ensemble de ses signataires.

 

Un argument également utilisé par Samuel Grzybowski, fondateur de l'association Coexister et membre de Nous sommes Unis.

Samuel Grzybowski.

«De quel climat nauséabond parle-t-il ? Est-ce qu’un message d’unité et de cohésion participe vraiment à ce type de climat ? Est-ce que la naïveté caractérise véritablement nos appels à la fraternité et à la République ? Est-ce le rôle d’un Premier ministre de la République de semer ainsi le trouble chez les Français qui l’écoutent en laissant croire à une présence islamiste au sein d’associations citoyennes ? Est-ce le sens de votre message que de décrédibiliser une démarche collective toute entière à laquelle le directeur exécutif du CRIF lui-même, Robert Ejnes, a apporté son soutien dans les premières heures ?», a-t-il confié à Zaman France.

CCIF : que Valls «vienne nous parler»

Organisation directement concernée, le Collectif contre l'islamophobie en France, indirectement visé, s'est aussi exprimé.

Yasser Louati est le porte-parole du Collectif contre l'islamophobie en France.

Pour Yasser Louati, porte-parole du CCIF, contacté par notre rédaction, le message de Manuel Valls les a surpris sans les stupéfier.

«Manuel Valls a-t-il vraiment le temps de s'exprimer sur ce type de sujet alors que nous sommes confrontés à l'effondrement des valeurs de la République, de la crise économique, de la menace terroriste et surtout pour critiquer une initiative qu'il est censé défendre et dont il devrait être fier. Voulait-il un collectif #NousSommesDivisés? Je rappelle que cet appel a été signé par des organisations de tout bord. On ne peut pas être Premier ministre des Français pour ensuite juger qui sont les bons et les mauvais Français. Si Valls a quoi que ce soit à reprocher au CCIF, qu'il vienne nous parler, il est le bienvenue».

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