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Vivre et mourir comme un policier en France

Un commandant de police du commissariat des Mureaux, âgé de 42 ans, a donc été tué de neuf coups de couteau à l'abdomen lundi 12 juin devant son domicile à Magnanville, à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Paris.

Mercredi, Juin 15, 2016 - 18:34

L'assaillant, un certain Larossi Abballa, s'est ensuite retranché au domicile du policier, où il a été tué lors d'une intervention du Raid, unité d'élite de la police.

Le cadavre de sa compagne âgée de 36 ans, également fonctionnaire du ministère de l'Intérieur, a été retrouvé à l'intérieur de la maison. Leur enfant de trois ans est indemne mais, hélas, désormais orphelin.

Ces faits tragiques, à mi-chemin entre le crime d'un psychopathe et l'action d'un extrémiste qui a basculé dans le terrorisme sous la houlette obscure de Daesh, souligne la violence quotidienne à laquelle la police française est régulièrement confrontée.

Abu Bakr al Baghdadi, le calide de Daesh, annoncé comme mort.

Casseurs, hooligans, terroristes : le triple défi policier

Ce double assassinat lâche, au domicile même des policiers est un mode opératoire nouveau dans la galaxie du terrorisme en France tout comme l'est le profil des «djihadistes» extrémistes et fanatiques qui se sont ralliés à Daesh après avoir sombré dans une logique de basculement psychotique vers la violence de masse.

Larossi Abballa, auteur d'un double meurtre aux motivations terroristes.

Le crime met en exergue la difficulté d'être policier aujourd'hui et en cette période précise, en France.

Des casseurs pendant une manifestation contre la loi travail.

On peut le dire clairement : la police française fait face en ce moment et simultanément à trois phénomènes concomitants : la violence des casseurs qui se sont infiltrés dans et en retrait des manifestations de la CGT contre la loi travail ; la violence urbaine décomplexée des hooligans russes et anglais ; enfin, la menace terroriste, permanente, comme l'a illustrée le double meurtre de Magnanville.

Des hooligans sèment le désordre à Marseille.

Un triple défi unique au monde qui fait d'elle la police la plus exposée en ce moment.

Faire le procès de l'institution policière serait une erreur

Ces derniers mois (certains diraient ces dernières années, d'autres, toujours) la police française a beaucoup fait parler d'elle négativement.

Des rapports ont montré l'usage fréquent et disproportionné de la matraque et de la violence dans des arrestations ou des interventions policières pour le moins musclées.

Pointés du doigt sur leurs méthodes, des policiers ont également défilé, quoique plus rarement, dans le box des accusés comme dans l'affaire Bentounsi, un délinquant tué d'une balle dans le dos par Damien Saboundjian, un agent acquitté par le tribunal avant que le parquet ne fasse appel, les témoignages et les preuves de la responsabilité du policier étant clairs.

Pour autant, si les «crimes», les déviances et les outrages de policiers sont bien une réalité, il n'en demeure pas moins que faire le procès de l'institution policière dans son entièreté serait une erreur et une faute.

Ne pas renoncer à l'exigence d'une police républicaine

Il est certain que, à la lumière des dérapages individuels de certains fonctionnaires, la police française souffre de nombreux problèmes en matière de budget de fonctionnement, de personnel, de formation aussi.

L'impunité judiciaire constatée dans les nombreuses affaires de «bavures» et de «crimes policiers», ne facilite pas non plus le redressement professionnel exigé et le maintien de l'efficacité de la police républicaine.

Mais ces difficultés présentes ne doivent pas prétexter d'un renoncement à exiger et à soutenir la mise en place d'une telle police républicaine qui, faut-il le rappeler, existe déjà un peu partout sur le territoire national mais qui se voit fragilisée par tous les dysfonctionnements sus-mentionnés.

La police est un élément absolument fondamental dans un État de droit : elle garantit la sécurité et la protection des citoyens.

Des centaines d'attentats ont été déjoués par les services de polices français, des vies sont chaque jour préservées.

Maintenir coûte que coûte l'équilibre éthique

C'est au nom de cette exigence éthique que les militants des droits civiques se doivent de cibler leurs critiques quand elles sont légitimes, et non dans une forme de dérive anarchiste observable quotidiennement sur les réseaux sociaux, dénuée de toute velléité de justice, et ne visant qu'à affaiblir l'institution policière et ce qu'elle symbolise.

L'amalgame et la géométrie variable dénoncés par ces internautes quand il s'agit d'islam sont curieusement appliqués et pratiqués sans vergogne quand il s'agit de «la police» et non de certains policiers, et les tweets criant avec raison à l'injustice quand des policiers violent la loi ne sont pas suivis d'autres tweets de solidarité ou du simple témoignage d'humanité après que ce couple a été tué de plusieurs coups de couteau sous les yeux de leur enfant.

Assurément, l'équilibre éthique n'est pas encore pour aujourd'hui. On peut espérer néanmoins que, raison gardée, les graines d'un travail civique qui ne sacrifie pas l'éthique à «l'exigence» de guerre politique totale, puissent être semées dès à présent, pour demain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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