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Mardi 9 juin, l'ambassade de Turquie a organisé une soirée Behçet Necatigil (1916-1979) pour présenter la traduction d'un recueil de ses poèmes, intitulé L'Image de l'univers (L’Harmattan). Le grand poète des «petits mots» est loin de la fulgurance d'un Nâzim Hikmet, c'est un photographe du monde dans lequel il vit. Il n'aspire qu'à peindre le réel et à regagner sa solitude une fois l'ouvrage terminé.

 

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Le 3 octobre dernier, a été donné à la Collégiale Saint-Martin de Champeaux un concert de musique religieuse où l’Orient et l’Occident étaient mis en miroir. Une heure durant, les laudes, louanges chantées du XVIe siècle chrétien, ont dialogué avec la musique des confréries musulmanes du XIIIe siècle. L’idée à l’origine du concert était de présenter les traditions lyriques occidentales et orientales unies dans une même quête d’Absolu, au travers de la musique et de la poésie mystique. Il ne serait toutefois pas moins intéressant de considérer le lien entre ces deux traditions d’un point de vue historique : l’art des troubadours — à partir duquel s’élaborera la lyrique occidentale au moins jusqu’au romantisme (XIIIIe siècle) —, est essentiellement d’origine arabe, dans sa forme comme dans son contenu.
Aux alentours de 1100, une poésie chantée est en voie de constitution rapide de part et d’autre des Pyrénées : dans les terroirs de l’Aquitaine, de la Provence, du Poitou et du Limousin, comme dans le nord de l’Espagne. Fait curieux, cette poésie, qu’elle soit en espagnol ou en langue d’oc (dialectes du Midi de la France) est presque totalement originale par rapport aux traditions antérieures, qu’elles soient populaires ou savantes. On n’y trouve en effet aucun vestige de la poésie grecque ou latine. Mais la nouveauté la plus manifeste était certainement dans le statut même du troubadour : avant le XIe siècle, la société occidentale latine ne connaissait pas de poète lyrique, c’est-à-dire de chanteur-musicien. Elle ne concevait pas davantage l’aristocratie guerrière autrement que constituée de chevaliers rustres et analphabètes. Or les troubadours seront tous issus de la meilleure aristocratie : hommes de guerre, ces chevaliers-poètes jouent du luth (de l’arabe, ûd) et chantent l’amour. Arabophone, Guillaume IX d’Aquitaine, premier troubadour connu, était fasciné par la culture andalouse. Chez les premiers poètes lyriques de l’Occitanie, ce qui aura d’abord été motif d’admiration et — surtout — d’imitation, c’est le caractère musical de la poésie arabe d’Espagne, poésie populaire et raffinée à la fois, ainsi que la glorification de l’amour profane. Aussi se mettront-ils à faire des vers et des sons nouveaux en imitant les formes strophiques (muwashshah, zajal) et les combinaisons de rimes en vogue chez les poètes andalous ; à chanter l’amour profane en s’accompagnant eux-mêmes d’instruments de musique, arabes eux aussi. Le mot troubadour lui-même est la romanisation d’un nom arabe qui réfère à l’exécution musicale : dharb, littéralement «frappe», désigne l’action de jouer d’un instrument. Le mot, prononcé drab en arabe espagnol passera en occitan sous la forme «trob», avant de produire d’autres mots : le verbe «trobar» et, bien entendu, le nom d’agent «trobador», prononcé «troubadour». Avant de devenir un idéal éthique et l’une des formes les plus originales de l’idéologie féodale — le fin’amor —, l’amour chanté par les troubadours est d’abord un idéal amoureux. C’est l’amour courtois, tradition poétique arabe ancienne, brillamment représentée aux Xe et XIe siècles par les Andalous Ibn Hazm et Ibn Quzman. «Il est naturel pour l’homme courtois de s’humilier devant sa bien-aimée» lit-on ainsi dans le Kitâb az-Zahra d'Ibn Dâwud (808-909), une des sources du célèbre Tawq al-hamâma («Le collier de la colombe»). Dans ce traité d’amour de Ibn Hazm (994-1064), l’amour est présenté comme une force capable de soumettre le plus fier des hommes, dont elle adoucit le caractère et élève l’âme : de même, le chevalier chrétien s’élève-t-il en se soumettant à sa Dame. Mais ce même amour peut se transformer en un «mal accablant» qui est «source de félicité», concepts qui dans la poésie des troubadours seront connus sous la forme du couple «joy et dolor», concepts romantiques avant la lettre.

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